De novembre à décembre 2005 j'ai eu le plaisir de co-animer l'exposition « De la barbarie à l'Espoir » au Centre Culturel de Dinant.
Cette exposition était composée de trois parties : « Triangle rouge », « Travail de Mémoire » et « Demande d'Asile ».
En fin de parcours les visiteurs rencontraient soit une rescapée des camps nazis, soit un demandeur d'asile.
Ce demandeur d'asile, c'est Paulin Kazyumba.
Ce dernier a marqué toutes les personnes qui ont eu l'occasion de l'entendre et particulièrement les jeunes.
En effet, en 40 minutes de discussions, Paulin réussissait à casser l'image que l'on peut avoir d'un sans-papiers.
Fini le cliché de l'étranger analphabète et miséreux, finies aussi les idées préconçues et autres informations erronées sorties tout droit des conversations de bistro. Enfin LA réalité simple et évidente.
Cette expérience ne pouvait pas s'arrêter là. Elle devait continuer et faire son œuvre d'utilité publique.
L'idée fut donc de proposer de rencontrer les plus jeunes dans leurs écoles, et si possible dans des villages proches d'un Centre d'accueil pour demandeurs d'asile.
Dès la fin décembre 2005, Paulin, Patricia et moi avons entamé notre tour de l'Arrondissement de Dinant.
Ce fut Dréhance, Anseremme, Godinne, Natoye, Falmignoul, Bouvignes, Beauraing, La Foret, Pussemange et encore bien d'autres communes.
A chaque fois, l'animation a porté ses fruits. L'émotion et la participation des élèves en furent la preuve.
Mais qui est Paulin ?
D'où vient-il ?
Quel est son parcours ?
Paulin est âgé d'un cinquantaine d'années et est originaire de la République Démocratique du Congo (notre chère ancienne colonie).
Après de brillantes études, dont une partie à l'U.L.B., il obtient un diplôme d'ingénieur civil en télédétection.
C'est à dire qu'il est spécialiste de l'interprétation d'images transmises par satellite.
Cette formation est à la base de tous ces problèmes. En effet, grâce à sa qualification il est chargé de la télédétection civile (agronomie et géologie) au sein d'un organisme gouvernemental.
Bien qu'il n'ait jamais fait de politique active, il est considéré comme Mobutiste.
En 1997, lors de la prise de pouvoir de Laurent Désiré Kabila, le chef d'état-major de ce dernier, qui connaissait les applications militaires de la détection par satellite, fait arrêter tout le personnel du service et Paulin se retrouve en prison avec ses collègues de travail.
Leur seul crime : pouvoir utiliser cette technologie de pointe.
D'abord interrogés, menacés, torturés, ils sont finalement libérés.
Mais Paulin est inquiet. Il se rend compte du danger d'une telle situation et n'attend pas une nouvelle arrestation pour fuir.
Bien lui en prit car, quelques jours après son départ, ses collègues seront incarcérés et la plupart seront sommairement exécutés.
Quitter Kinshasa au plus vite et regagner sa région d'origine : le Katanga.
Pour cela il faut traverser de part en part le pays qui, je le rappelle, fait plus de 72 fois la Belgique.
Les autoroutes n'existent pas. Les moyens de communication sont défaillants. Il faut donc passer par la savane, la jungle... Plus de 2300 km, la plupart du temps à pied et exceptionnellement en camion. Le tout, discrètement bien entendu car la crainte d'être dénoncé et arrêté est là en permanence.
Après ce périple long de neuf mois, il arrive enfin chez lui, dans son ethnie, où il espère trouver réconfort et surtout protection. Hélas, depuis son départ de Kin, des foyers de rébellion se développent partout dans le pays et sa région n'est pas épargnée.
A nouveau, c'est la crainte, l'instabilité, la guerre civile et son déferlement de cruautés.
La sécurité de Paulin n'est plus assurée chez lui non plus et la seule solution pour sauver sa peau reste comme pour tant d'autres l'exil.
Partir, certes, mais où ?
Toute la région des grands lacs est en guerre.
Seule la Belgique lui semble, capable de lui assurer une vie d'homme libre.
Sa décision est prise. Il va rejoindre le pays qui l'avait accueilli lors de ses études. Il y parviendra en passant par le Rwanda où il prendra un avion vers notre pays.
Décembre 2002, Zavemtem. Il fait froid, il pleut mais l'air sent bon la vie et la liberté enfin retrouvée.
Après quelques temps de repos et de nostalgie, il faut redevenir pragmatique : introduire une demande d'asile, passer un premier entretien avec un fonctionnaire de l'Office des Etrangers, revivre des mois de calvaire par le récit.
Puis c'est le Centre d'accueil pour demandeurs d'asile d'Hastière. Il est là, seul, aux confins de la Belgique, à deux pas de la frontière française avec d'autres sans-papiers comme lui, dont la plupart ne resteront que quelques jours, quelques mois dans sa vie.
Que faire? Rester là à se lamenter sur son sort, manger, se promener, regarder la télévision et dormir ?
Non ! Paulin n'est pas cet homme là! Le déracinement ne lui a pas ôté son envie de découvrir, de s'ouvrir aux autres, d'apprendre et de donner.
Très vite, il demande à s'intégrer dans les activités offrant la possibilité de rencontrer la population belge.
Il s'inscrit à la chorale, donne un coup de main lors de festivités dans les villages avoisinants ... bref, il essaie de s'intégrer au mieux.
Puis, un matin de 2003, après divers rendez-vous, il reçoit un courrier lui signalant que sa demande d'asile est acceptée partiellement et qu'il doit quitter le Centre en attendant que le Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides prenne une décision définitive.
Un C.P.A.S. lui est désigné. Il se situe dans le Brabant Wallon. C'est maintenant cette administration qui lui assurera les moyens de vivre en Belgique.
Mais Paulin ne veut pas partir loin d'Hastière. Il ne veut pas, encore une fois, tout recommencer.
Il s'installera à Dinant, dans le centre ville, près de ses nouveaux amis mais toujours aussi loin des siens.
Il habite dans un petit appartement en attendant la décision qui changera sa vie. En bien ou en mal, dans 2 mois ou dans 5 ans.
Voilà en résumé le parcours de mon ami Paulin. Lui le catholique pratiquant, et moi le non croyant sommes devenus des amis. En effet, malgré nos différences, nous refaisons régulièrement le monde, un monde plus juste, plus tolérant, plus libre.
C'est de tout cela dont nous parlons avec les enfants de l'arrondissement de Dinant. Nous tentons de leur apprendre à ne pas juger sans connaître, à chercher à comprendre, à devenir des femmes et des hommes justes, honnêtes et épris de liberté.
Cette exposition était composée de trois parties : « Triangle rouge », « Travail de Mémoire » et « Demande d'Asile ».
En fin de parcours les visiteurs rencontraient soit une rescapée des camps nazis, soit un demandeur d'asile.
Ce demandeur d'asile, c'est Paulin Kazyumba.
Ce dernier a marqué toutes les personnes qui ont eu l'occasion de l'entendre et particulièrement les jeunes.
En effet, en 40 minutes de discussions, Paulin réussissait à casser l'image que l'on peut avoir d'un sans-papiers.
Fini le cliché de l'étranger analphabète et miséreux, finies aussi les idées préconçues et autres informations erronées sorties tout droit des conversations de bistro. Enfin LA réalité simple et évidente.
Cette expérience ne pouvait pas s'arrêter là. Elle devait continuer et faire son œuvre d'utilité publique.
L'idée fut donc de proposer de rencontrer les plus jeunes dans leurs écoles, et si possible dans des villages proches d'un Centre d'accueil pour demandeurs d'asile.
Dès la fin décembre 2005, Paulin, Patricia et moi avons entamé notre tour de l'Arrondissement de Dinant.
Ce fut Dréhance, Anseremme, Godinne, Natoye, Falmignoul, Bouvignes, Beauraing, La Foret, Pussemange et encore bien d'autres communes.
A chaque fois, l'animation a porté ses fruits. L'émotion et la participation des élèves en furent la preuve.
Mais qui est Paulin ?
D'où vient-il ?
Quel est son parcours ?
Paulin est âgé d'un cinquantaine d'années et est originaire de la République Démocratique du Congo (notre chère ancienne colonie).
Après de brillantes études, dont une partie à l'U.L.B., il obtient un diplôme d'ingénieur civil en télédétection.
C'est à dire qu'il est spécialiste de l'interprétation d'images transmises par satellite.
Cette formation est à la base de tous ces problèmes. En effet, grâce à sa qualification il est chargé de la télédétection civile (agronomie et géologie) au sein d'un organisme gouvernemental.
Bien qu'il n'ait jamais fait de politique active, il est considéré comme Mobutiste.
En 1997, lors de la prise de pouvoir de Laurent Désiré Kabila, le chef d'état-major de ce dernier, qui connaissait les applications militaires de la détection par satellite, fait arrêter tout le personnel du service et Paulin se retrouve en prison avec ses collègues de travail.
Leur seul crime : pouvoir utiliser cette technologie de pointe.
D'abord interrogés, menacés, torturés, ils sont finalement libérés.
Mais Paulin est inquiet. Il se rend compte du danger d'une telle situation et n'attend pas une nouvelle arrestation pour fuir.
Bien lui en prit car, quelques jours après son départ, ses collègues seront incarcérés et la plupart seront sommairement exécutés.
Quitter Kinshasa au plus vite et regagner sa région d'origine : le Katanga.
Pour cela il faut traverser de part en part le pays qui, je le rappelle, fait plus de 72 fois la Belgique.
Les autoroutes n'existent pas. Les moyens de communication sont défaillants. Il faut donc passer par la savane, la jungle... Plus de 2300 km, la plupart du temps à pied et exceptionnellement en camion. Le tout, discrètement bien entendu car la crainte d'être dénoncé et arrêté est là en permanence.
Après ce périple long de neuf mois, il arrive enfin chez lui, dans son ethnie, où il espère trouver réconfort et surtout protection. Hélas, depuis son départ de Kin, des foyers de rébellion se développent partout dans le pays et sa région n'est pas épargnée.
A nouveau, c'est la crainte, l'instabilité, la guerre civile et son déferlement de cruautés.
La sécurité de Paulin n'est plus assurée chez lui non plus et la seule solution pour sauver sa peau reste comme pour tant d'autres l'exil.
Partir, certes, mais où ?
Toute la région des grands lacs est en guerre.
Seule la Belgique lui semble, capable de lui assurer une vie d'homme libre.
Sa décision est prise. Il va rejoindre le pays qui l'avait accueilli lors de ses études. Il y parviendra en passant par le Rwanda où il prendra un avion vers notre pays.
Décembre 2002, Zavemtem. Il fait froid, il pleut mais l'air sent bon la vie et la liberté enfin retrouvée.
Après quelques temps de repos et de nostalgie, il faut redevenir pragmatique : introduire une demande d'asile, passer un premier entretien avec un fonctionnaire de l'Office des Etrangers, revivre des mois de calvaire par le récit.
Puis c'est le Centre d'accueil pour demandeurs d'asile d'Hastière. Il est là, seul, aux confins de la Belgique, à deux pas de la frontière française avec d'autres sans-papiers comme lui, dont la plupart ne resteront que quelques jours, quelques mois dans sa vie.
Que faire? Rester là à se lamenter sur son sort, manger, se promener, regarder la télévision et dormir ?
Non ! Paulin n'est pas cet homme là! Le déracinement ne lui a pas ôté son envie de découvrir, de s'ouvrir aux autres, d'apprendre et de donner.
Très vite, il demande à s'intégrer dans les activités offrant la possibilité de rencontrer la population belge.
Il s'inscrit à la chorale, donne un coup de main lors de festivités dans les villages avoisinants ... bref, il essaie de s'intégrer au mieux.
Puis, un matin de 2003, après divers rendez-vous, il reçoit un courrier lui signalant que sa demande d'asile est acceptée partiellement et qu'il doit quitter le Centre en attendant que le Commissariat Général aux Réfugiés et Apatrides prenne une décision définitive.
Un C.P.A.S. lui est désigné. Il se situe dans le Brabant Wallon. C'est maintenant cette administration qui lui assurera les moyens de vivre en Belgique.
Mais Paulin ne veut pas partir loin d'Hastière. Il ne veut pas, encore une fois, tout recommencer.
Il s'installera à Dinant, dans le centre ville, près de ses nouveaux amis mais toujours aussi loin des siens.
Il habite dans un petit appartement en attendant la décision qui changera sa vie. En bien ou en mal, dans 2 mois ou dans 5 ans.
Voilà en résumé le parcours de mon ami Paulin. Lui le catholique pratiquant, et moi le non croyant sommes devenus des amis. En effet, malgré nos différences, nous refaisons régulièrement le monde, un monde plus juste, plus tolérant, plus libre.
C'est de tout cela dont nous parlons avec les enfants de l'arrondissement de Dinant. Nous tentons de leur apprendre à ne pas juger sans connaître, à chercher à comprendre, à devenir des femmes et des hommes justes, honnêtes et épris de liberté.



